Machecoul Les Massacres de 1793, entre vérités et légendes

Machecoul a connu des massacres. C'était au mois de mars 1793, après la Révolution. Retour sur ces événements avec Jean-Clément Martin, historien spécialiste de cette période.

Dernière mise à jour : 01/04/2013 à 11:13

L'historien Jean-Clément Martin est un des plus grands spécialistes français de la Guerre de Vendée
L'historien Jean-Clément Martin est un des plus grands spécialistes français de la Guerre de Vendée

Quel est le climat social et politique au début de l’année 1793 dans le district de Machecoul ?
Il y a des populations qui sont globalement favorables à la Révolution et d’autres qui y sont opposées. Mais ce ne sont pas deux populations très différentes. Urbaines ou plus rurales, elles sont toutes les deux catholiques. La rupture n’est pas flagrante. Des paysans manifestent violemment leur attachement aux prêtres réfractaires, qui n’acceptent pas la constitution civile du clergé.
La mise en place des administrations dans les communes, qui sont soumises au district de Machecoul, entraîne des rivalités.
À St-Lumine de Coutais, il y a la tradition païenne et moyenâgeuse du Cheval Mallet totalement intégrée dans les fêtes religieuses. Les gens du district vont s’opposer à cela. Il s’est produit des éloignements progressifs entre des gens qui prennent partie pour les réformes de la Révolution et d’autres qui se considèrent comme des victimes.


Quelles sont les raisons à l’origine de ces massacres à Machecoul à partir du 11 mars 1793 ?

Février 1793, on rentre dans des oppositions flagrantes car on demande aux jeunes gens d’aller défendre les frontières, alors que les gardes nationaux dans les districts ne vont pas y aller. C’est cette levée des 300.000 hommes en France pour les campagnes militaires qui provoque ce massacre.
Ce qui se passe dans le Sud Loire n’est pas spécifique. Les gens des campagnes autour de Machecoul ne sont pas plus violents que les gens en Alsace, en Bretagne, en Puy de Dôme. Il y a les mêmes révoltes, pour les mêmes raisons, ailleurs. Et les mêmes formes… Quand les paysans se soulèvent à cette époque, c’est avec leur fourche, leur faux, ce qu’ils ont sous la main. Ceux qui sont en face se soumettent ou reçoivent un coup de fourche. C’est assez ordinaire… On est dans une révolte paysanne. Je n’en démords pas.

Pourquoi cet événement va-t-il avoir un écho au niveau national ?
La différence, c’est qu’on est rentré dans une lecture politique des événements. Quand on est opposé à ce qui est mis en place, on est contre-révolutionnaire. Objectivement, des gens se retrouvent dans la contre-Révolution sans forcément l’avoir voulu et ils vont se retrouver du côté des nobles qui se soulèvent, du côté des curés qui refusent l’église constitutionnelle et du côté de ceux qui sont opposés à la Convention. Et là, cela va mal se passer. Ce qui est sûr, ce sont ces 160 morts et on est rentré dans la Guerre de Vendée, plus seulement dans une insurrection.

On parle de massacre, le degré de violence a-t-il été supérieur à d’autres soulèvements ?
Ma position, c’est non, même si 160 personnes tuées, ce n’est pas rien ! Les insurgés finissent par tuer des patriotes sur plus d’un mois. On est quand même dans une insurrection politique, liée aux premiers chefs vendéens qui sont là à partir du 14 mars. Les deux premiers jours, c’est un peu anarchique et il y a des morts. Après, les gens sont emprisonnés. Ensuite, il y aura de nouveau des morts avec des exécutions. Petit à petit, les prisonniers sont jugés, attachés “en chapelet” et fusillés en groupes.
Quand on tue des gens en les exécutant sauvagement, il s’agit d’un massacre. Mais par rapport à ce que font les Colonnes infernales plus tard, c’est sans commune mesure.

Qu’est-ce qui a fait la renommée exceptionnelle de ces événements jusqu’à aujourd’hui ?
L’arrivée des premiers réfugiés de Machecoul à Nantes est importante. Ils jouent un grand rôle. Les nouvelles de Machecoul touchent Paris très rapidement. On raconte des choses fausses en évoquant 400 morts, 800 morts… Les journaux nationaux font en faire état et les historiens vont ensuite les reprendre. L’écrivain Michelet, en 1852, reprend les journaux sans vérifier et va faire des descriptions effrayantes de Machecoul. Jaurès, dans l’histoire socialiste, va refaire à nouveau la même chose. Machecoul devient l’emblème de la sauvagerie vendéenne.

Laurent Renon

Pour en savoir plus sur cet épisode tragique, vous pouvez lire l’article “Histoire et polémique, les massacres de Machecoul” de Jean-Clément Martin consultable sur le site Internet www.persee.fr

Retour sur la chronologie des faits

Sur la fresque historique d'Armand Pavageau, visible dans le hall de Cinémachecoul, on peut apercevoir une scène, en arrière-plan de Souchu, Charette et la Roche St-André, représentant les massacres de Machecoul
Sur la fresque historique d'Armand Pavageau, visible dans le hall de Cinémachecoul, on peut apercevoir une scène, en arrière-plan de Souchu, Charette et la Roche St-André, représentant les massacres de Machecoul

“Près de Machecoul, à La Chevrolière, l’un des officiers municipaux est menacé de mort dans la nuit du 6 au 7 mars par des bandes de jeunes gens qui ne veulent pas tirer au sort (NDLR : être embrigadés pour les campagnes militaires). Les émissaires dépêchés dans chaque canton pour organiser le tirage au sort sont menacés voire molestés.

À St-Philbert de Grand Lieu, comme à La Chevrolière, des attroupements d’hommes armés de fusils et de bâtons se forment dans la nuit du 10 au 11 mars pour marcher contre Machecoul, qui est envahie le 11. Les insurgés sont au moins mille à mille cinq cents. Une première échauffourée oppose un détachement de gardes nationaux aux paysans. Dans des conditions mal établies, mais peut-il en être autrement, des coups de feu éclatent et les paysans prennent l’avantage. Le lieutenant de la compagnie, Ferré, figure aussitôt parmi les morts de cette journée.
Dans la même journée, les principaux représentants de l’autorité sont mis à mort, dont le curé constitutionnel Letort, qui aurait été tué à l’arme blanche et mutilé. Entre 15 à 26 hommes auraient subi ce sort le 11 mars et encore d’autres (5 ou 18) le lendemain. Plus nombreux sont ceux qui sont emprisonnés : officiers municipaux, soldats, gardes nationales et différents fonctionnaires.

Machecoul, dans les jours qui suivent, est investie par les ruraux des environs qui viennent en armes. Les familles des patriotes (NDLR : fidèles à la Constitution née de la Révolution) voient leurs maisons visitées, leurs caves et leurs armoires vidées.
Auprès de leur principal chef Souchu, La Roche St-André, de Coëtus, puis Charette arrivent à la tête de petits groupes armés qui les ont pris comme chefs. Charette n’est présent à Machecoul qu’à partir du 14 mars, venant de La Garnache avec 80 hommes.

À Machecoul, les émeutiers se sont décidés le 23 mars à attaquer Pornic. La ville, défendue par un faible nombre d’hommes, est prise aussitôt et les vainqueurs se livrent à d’abondantes beuveries. Leurs adversaires en profitent pour reprendre l’offensive et en tuer 200 à 300. Charette est investi du commandement et de la vengeance militaire, qu’il réussit le 27 mars, en reprenant Pornic avec l’aide de La Cathelinière. À Machecoul, en représailles, une partie des prisonniers est mise à mort.

Certains prisonniers sont libérés sur la pression de leurs propres concitoyens. D’autres enfin sortent lorsque les Républicains reprennent Machecoul le 26 avril.
Il est vraisemblable qu’il y ait eu 150 à 160 victimes, en tout cas, il ne convient pas d’accepter les déclarations des révolutionnaires, qui, en avril 1997, parlent de 600 morts”.

Extraits de l’article “Histoire et polémique, les massacres de Machecoul”, 1993, Jean-Clément Martin.

Machecoul, 44

Les commentaires sont fermés temporairement veuillez nous excuser.

À Feuilleter

Une ESCAPADES CPR JUILLET 2014 LIGHT
Les archives

Revue de web

    fournis par Google